«Si c'est ça aimer, alors je ne veux plus!»
La lame effleure ma peau, je l'enfonce doucement, de petites gouttes de sang apparaissent, une larme coule le long de ma joue et dans un coup sec j'entaille mes veines... Je prend la lame dans mon autre main et fais la même chose sur l'autre poignet... En long, il paraît que ça va plus vite, ça coule plus vite... Je n'arrive plus à tenir la lame dans ma main, elle est trop lourde, dans un mouvement je la lâche... Elle résonne sur le sol tel un diamant tombant sur du marbre, tel un bruit détonnant dans un silence sourd et ardu... Mes paupières se font lourdes, mon corps bascule en arrière et emmène ma tête dans sa chute... Je cogne le sol dans un fracas... J'arrive à peine à entrouvrir les yeux, du sang, du rouge, de la vie qui sort de mon corps à présent inerte sur ce sol blanc, d'une blancheur éclatante symbole de mon innocence perdue, alors que la vie m'échappe...
Nous sommes le 21 septembre 2006, je fête ma seizième année, la plus belle à ce qu'il paraît. Droit de conduire, enfin c'est vite dit, surtout droit de conduire avec l'un de tes abrutis de parents, ou dans mon cas, avec mon chauffeur personnel. Droit aussi d'avoir une 125cc, après quelques heures à l'auto-école. Par-dessus tout on a droit, enfin dans ma famille surtout, on a droit de vivre dans l'une des cinq maisons de papa et maman. Mais en ce jour de bonheur, en ce jour où tout le monde est autour de moi, où je suis le centre d'intérêt général, je suis loin de m'imaginer, entre mon nouveau skateboard et mon nouvel ordinateur portable à peine déballé, que ma vie va changer d'ici quelques heures. Que la vie d'incertitude et décadente que je mène entre sexe, drogue douce, ou dur, va changer. Je suis loin de me dire que d'ici quelques jours je ne pourrai plus vivre sans une autre drogue, une drogue si dur que je ne pourrai m'en passer plus de deux heures de suite. Je suis loin de me dire que d'ici quelques mois je succomberai à celle-ci, que j'en mourrai. Je suis loin de me dire que je ne serai plus la fille rebelle et pleine aux as qui se fout de tout. Je ne serai plus la fille qui couche à droite et à gauche avec toutes celles que je trouve potable, baisable ou voir carrément bonne. Je suis loin de me dire que je ne serai plus tout ça. Mais aujourd'hui quand j'y repense, je sais que d'ici quelques heures je serai juste en train de succomber à une mort lente et sans fin, une mort à peine visible, voir invisible.